Les rêves : comment surviennent-ils ? A quoi servent-ils ?

Les hommes, mais aussi de nombreuses espèces animales, mammifères et autres animaux à sang chaud, rêvent depuis la nuit des temps. Et depuis toujours, alors qu’un humain passe environ 4 années de sa vie à rêver, nous nous posons la même question : pourquoi rêvons-nous ? Quel est le rôle de nos rêves et ont-ils une véritable signification ?

Quand les rêves surviennent-ils ?

Les rêves surviennent durant les périodes de sommeil paradoxal, la cinquième et dernière phase de nos cycles de sommeil. Ces phases se produisent généralement une première fois 90 minutes à 2 heures après l’endormissement et représentent en moyenne 12 à 25% du temps de sommeil nocturne. Elles se manifestent par des mouvements oculaires rapides, une paralysie musculaire, une respiration et un rythme cardiaque irréguliers.

Durant ces phases de sommeil paradoxal, qui durent une quinzaine de minutes, le cerveau connaît une activité électrique proche de celle qu’il connaît lorsque nous sommes éveillés. Quelques secondes ou de longues minutes, nos rêves durent plus ou moins longtemps et sont plus ou moins perturbants.

Comment interpréter les rêves ?

D’abord interprétés comme des signes divins, les rêves ont fait l’objet de bien des théories scientifiques, tant au sujet de leur origine que de leur signification. Certaines évoquent des sources physiologiques, d’autres psychologiques, et d’autres lient les deux. La majorité des études menées sur les rêves ont confirmé un lien entre les évènements vécus durant la journée et les rêves que nous faisons la nuit.

Pendant les différentes phases de sommeil, corps, cerveau et hormones se rééquilibrent, le système immunitaire est revitalisé et les pressions sur la circulation sont réduites. Pour certains, les rêves sont simplement une partie de ce processus.

La théorie freudienne des rêves

Pour Freud, dont la théorie a longtemps été privilégiée, les rêves sont des réminiscences de nos émotions et désirs refoulés car non acceptables par la conscience. Les rêves nous permettraient d’accéder à nos désirs inconscients et ainsi mieux nous comprendre nous-mêmes.

Une théorie qui a perdu de son crédit au profit d’une explication plus récemment avancée, celle selon laquelle le cerveau réunit durant la nuit les pensées et émotions expérimentées durant les périodes d’éveil afin de les interpréter et les organiser. Les rêves auraient pour fonction d’éviter à notre cerveau une surcharge d’informations.

La théorie de l’activation-synthèse

L’interprétation des rêves n’a jamais cessé d’évoluer au gré de diverses théories et découvertes scientifiques. Si la psychanalyse considère l’étrangeté des rêves comme une défense face à nos désirs inconscients, la théorie de l’activation-synthèse avance une autre explication. Elle ne voit pas un processus de défense dans le rêve, mais bien au contraire une tentative du cerveau d’organiser des signaux reçus de manière aléatoire, des messages et souvenirs et de les animer pour leur donner un sens dans un contexte défavorable à un tel travail qu’est celui du sommeil paradoxal.

« Le terme de « synthèse » suggère pourquoi les rêves sont à la fois paradoxalement cohérents et étranges : la synthèse est la meilleure intégration possible des données intrinsèquement chaotiques produites par le cerveau-esprit autoactivé » expliquait à la fin des années 1970 le Dr Allan Hobson, professeur émérite de psychiatrie à l’école de Médecine de Harvard connu pour ses recherches sur le sommeil paradoxal allant à l’encontre des théories psychanalytiques sur les rêves et notamment de la thèse freudienne.

Le rêve pour permettre au cerveau de se réorganiser

Bien des rêves sont si étranges et incongrus que l’on peine à les lier à des évènements réellement vécus. Pourtant, les éléments composant ces rêves sont la plupart du temps des réminiscences de la routine quotidienne ou de choses vues ou faites durant les heures d’éveil. Selon le National Institutes of Health, le sommeil paradoxal est une phase durant laquelle le cerveau classe les informations reçues durant la journée. Le cerveau rappelle aussi d’anciennes images et informations et se réorganise ainsi lui-même. Les rêves seraient le résultat de cette réorganisation.

Sommes-nous tous égaux devant les rêves ?

Si nous rêvons tous, et ce dès notre plus jeune âge, nous n’avons pas tous la même capacité à nous souvenir de nos rêves. Certains sont capables de les raconter dans les moindres détails tandis que d’autres sont convaincus de ne pas rêver devant leur incapacité à se remémorer leurs rêves.

On conseille de s’endormir avec à portée de main un carnet et un stylo pour noter ses rêves durant la nuit. Le souvenir du rêve n’est possible qu’en cas de réveil rapide après une phase de sommeil paradoxal. « Conter son rêve, c’est être revenu à l’état de veille » écrivait Sénèque dans l’une de ses Lettres à Lucillus. C’est souvent le matin, après la dernière phase de sommeil paradoxal, que l’on se souvient du contenu de ses rêves. Les personnes qui se réveillent facilement ont donc plus de chance de se souvenir de leurs rêves que celles qui peinent à ouvrir les yeux lorsque sonne le réveil.

Les personnes se réveillant fréquemment durant les phases de sommeil REM (Rapid eye movement) rencontreraient des problèmes de surpoids mais aussi des tendances hallucinatoires. En outre, lorsque nous manquons de sommeil paradoxal durant une nuit, nous aurions tendance à nous rattraper la nuit suivante. Certains décrivent ce phénomène comme un rebond du sommeil paradoxal.

Les rêves semblent donc avoir un rôle essentiel à jouer, non pas tant dans ce qu’ils peuvent révéler de nous que dans le travail que réalise le cerveau lorsque nous rêvons. Or la société dans laquelle nous vivons nous prive de plus en plus de sommeil profond et réparateur. Certaines substances, et notamment l’alcool, le cannabis, les somnifères ou les anti-dépresseurs, auraient un impact négatif sur notre capacité à rêver.